Nuit après nuit

 

 

Nuit après nuit

(Juin – Octobre 2010)

 

 

 

Nacht für Nacht,
We got lost.
Nous et notre amertume, en rade
Sur le bord du chemin.

 

 

*

 

La Terre n’est plus tout à fait ronde.
Les forêts chavirent
Et les rivières en crue
Charrient des poissons morts.

Mon amour en partance
Me laisse un monde
Sans queue ni tête,
Un chaos. Rien ne pousse.

 

 

*

 

      Elle passe, entre terre et ciel.
      Mésange bleue,
      Bergeronnette
      Ou pinson.

      Je suis le moucheron
      (la proie de l’oiseau),
      Le vulgaire insecte,
      La bête sans charme.

      Dans trois coups d’ailes,
      Moi, l’avalée,
      Je ne serai plus
      Et il n’y aura personne,

      Personne pour me pleurer.
      Pas de funérailles,
      Même pas une pensée.

      Et tous de s’extasier :
      « Quelle adorable créature ! »
      Ils n’en auront que pour l’oiseau.

      Elle surgira dans leurs rêves,
      Leur tournera autour,
      Ils seront ivres, un peu.
      Aveugles.
      Car il n’y aura personne,
      Personne pour remarquer
      La goutte de sang séché
      Sur le bec élégant.

 

 

*

 

Nous font mordre la boue.
Nous sommes humus,
Misérables acariens, poussière et vent.

 

 

*

 

J’ai vu la lune en rêve,
Une lune décroissante.
Était-ce la mort, la folie ?
Je veux renaître
Des cendres
De la nuit.

À l’aurore,
Le vent caresse
Le feu
Encore.
Je me redresse
Un peu.

 

 

*

 

Wir legen die Rüstungen
Auf die Bürgersteige.
Wir müssen übergehen,
Überhören, überleben.

Es war einmal Nichts
Das macht nichts.

Nacht für Nacht,
Nach und Nach,
Etwas anderes.

Wir haben wenig Zeit,
Zu wenig.
Das macht nichts.

Übermorgen,
Überall,
Werden wir
Übergange finden.

Nous posons les armures
Sur les trottoirs.
Nous devons surmonter,
Ignorer, survivre.

Il était une fois le néant.
Cela ne fait rien.

Nuit après nuit,
Peu à peu,
Quelque chose d’autre.

Nous avons peu de temps,
Trop peu.
Cela ne fait rien.

Après demain
Partout
Nous trouverons
Des passages.